Pourquoi j’ai mal à l’estomac ?

 

EST-CE PARCE QUE JE MANGE TROP VITE QUE J’AI MAL À L’ESTOMAC ?

Oui, peut-être. Plus exactement, lorsqu’on « avale » ses repas sans les voir passer, presque debout entre deux portes, voire carrément en courant dans la rue parce qu’on est en retard, il faut s’attendre à des représailles. Rien n’est plus routinier qu’un estomac et ne pas tenir compte de sa répulsion totale pour l’aventure et l’excitation est une grave erreur stratégique. À force d’agressions, il peut souffrir d’une vraie inflammation : la gastrite. Le tableau est complet si, en plus, les aliments sont épicés, très sucrés (surtout s’ils sont isolés : par exemple une poignée de bonbons seuls dans l’aprèsmidi), si ce sont des jus d’agrumes (surtout d’orange, surtout à jeun) ou s’il est question d’alcool. Mais si les aliments peuvent aggraver la situation, ils ne sont pas en cause à eux tout seuls. Par exemple, si vous êtes du genre calme, votre inflammation peut provenir d’un microbe (salmonelle, staphylocoque) ou d’une allergie. Il est indispensable de consulter.

POURQUOI NE PAS FAIRE EN SORTE QUE L’ESTOMAC SOIT MOINS ACIDE TOUT LE TEMPS ?

Mauvaise idée. L’estomac n’est pas acide uniquement pour nous embêter. S’il est si désagréable, c’est parce qu’il réserve un accueil radical aux microbes (bactéries, virus) qui aimeraient s’implanter en nous via le cheval de Troie que sont les aliments. De plus, l’acidité est nécessaire à la digestion d’aliments riches en protéines animales, comme la viande, le poisson ou les œufs : le risque d’un estomac moins acide étant, d’une part, de ne pas bien bénéficier de tous leurs nutriments, d’autre part de laisser passer des particules non digérées qui pourraient se retrouver anarchiquement dans le sang, et provoquer des allergies. Par ailleurs, l’acidité stimule le pancréas – qui intervient plus tard dans la chaîne digestive, en produisant des jus alcalins, « doux ».

Ce changement radical d’environnement permet aux enzymes de digérer les quelques aliments non décimés par l’acidité, tels les céréales, le pain ou les légumes secs. Non digérés, ces sucres (amidons) deviendraient d’excellents substrats pour le redoutable

En outre, les gentilles bactéries ne pouvant survivre en milieu acide, elles ont besoin de ce sas alcalin pour vivre en paix : si l’estomac n’est pas suffisamment acide, le pancréas ne fabriquera pas assez de sécrétions tampons : les bactéries ne pourront pas s’installer correctement ni effectuer leur travail rapidement. Or, à ce stade de la digestion, la rapidité est la première des qualités, car elle permet un transfert express des aliments vers l’étape suivante, empêchant les éventuels toxiques de s’installer sur les parois. Par ailleurs, c’est dans le grêle que s’effectue la majorité de l’absorption des nutriments (vitamines, protéines…). Si le travail est ralenti, le risque de maladie s’accroît.

ÇA ME BRÛLE L’ESTOMAC, POURQUOI ?

C’est lorsqu’il fait du zèle qu’on en supporte les conséquences. Ce que l’on nomme « acidité gastrique », c’est en fait un reflux gastro-œsophagien (RGO), c’est-à-dire que l’acidité ne reste pas dans son enclos mais qu’elle s’aventure dans l’œsophage. Pour bien comprendre, il faut visualiser la zone géographique : l’estomac est une poche fermée en haut et en bas. En bas, c’est l’intestin qui reçoit l’alimentation digérée. Là, pas de souci. Mais en haut, le clapet qui s’ouvre pour laisser entrer les aliments peut avoir des problèmes de fonctionnement : il laisse alors pénétrer un geyser d’acide chlorhydrique dans l’œsophage. Or, ce dernier déteste l’acidité. C’est donc une histoire de mauvais voisinage, exactement comme lorsque votre voisin écoute du hard rock à fond alors que vous appréciez plutôt les Nocturnes de Chopin. Si le problème n’est pas grave en lui-même, ses conséquences peuvent altérer sérieusement la qualité de vie.

Comme toujours, un reflux de temps à autre n’est pas dramatique, et ceux ou celles qui affirment n’en avoir jamais souffert mentent ou n’ont pas bonne mémoire ! C’est quand l’histoire se répète, parfois au point de durer toute la journée et toute l’année, qu’il faut prendre les choses en main.

En dehors de cette querelle de proximité, l’estomac possède toute une panoplie de moyens de pression pour nous torturer. Crampes, spasmes,

brûlures, dyspepsie, digestion interminable… Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’il nous inflige tout cela, c’est parce qu’il craque. N’oublions pas que son travail est aussi contraignant que dangereux. Et qu’en outre, si on grignote toute la journée, il n’a pas un moment de repos. Ce n’est pas un tendre et c’est tant mieux, car il a un rôle de véritable tueur. Et s’il ne fait pas de sentiments avec les aliments qui se présentent à lui, il n’est guère plus doux avec nous, surtout lorsqu’on ne lui mâche pas le travail, c’est le cas de le dire. On aurait dû écouter sans lever les yeux au ciel nos grands-mères nous répéter « ton estomac n’a pas de dents ».

Parce que tant que la nourriture n’est pas liquide, notre laborieux estomac continue de malaxer, parfois pendant plusieurs heures et à grand renfort d’acide chlorhydrique. Ce redoutable collaborateur transforme ainsi la nourriture en nutriments, avec le concours des enzymes sécrétées par les parois de l’estomac. Aliments, microbes, poisons divers : tout y passe, laminé par l’extrême acidité du milieu.

 EST-CE QUE SI ÇA BRÛLE, J’AI UN ULCÈRE ?

Pas forcément, heureusement ! Il y a même de très très grandes chances pour qu’il ne s’agisse PAS d’un ulcère. Les brûlures et aigreurs sont à l‘estomac ce que les troubles fonctionnels sont à l’intestin : des symptômes réels et parfaitement désagréables, mais sans lésion de l’organe. Le « stade » audessus c’est l’ulcère et son équivalent intestinal, la colite inflammatoire ou lésionnelle : parvenu à ce seuil, bien plus rare, les organes sont bel et bien touchés.

En réalité, le plus souvent, lorsqu’on se plaint de l’estomac, c’est de dyspepsie, de reflux ou de gastrite (inflammation de la paroi de l’estomac) que l’on souffre, ou éventuellement de problème de côlon. Mais très rarement d’ulcère. Rendez-vous compte que le RGO toucherait, à divers stades de gravité, jusqu’à 30 % d’entre nous !

POURQUOI NE PAS PRENDRE DES MÉDICAMENTS ANTIACIDES ?

Oui, pourquoi pas. Ponctuellement, il n’y a pas de mal. Mais d’une part, ils ne traitent pas le problème (ils ne font que soulager la douleur) et d’autre part, leur composition n’est pas anodine. Bon nombre d’entre eux contiennent de l’aluminium. Or, on soupçonne ce métal d’être toxique, notamment pour le cerveau, même à faible dose. Il serait impliqué dans le développement des maladies cardiaques, neurologiques et dégénératives. Une fois de temps à autre, pas de problème, mais cela vaut-il vraiment la peine d’augmenter ses risques de développer une maladie d’Alzheimer, alors que l’on peut traiter autrement ses brûlures d’estomac ?

POURQUOI NE FAUT-IL PAS S’ALLONGER APRÈS AVOIR MANGÉ ?

Pour profiter de la gravité. En position verticale, l’acide a plus de mal à remonter dans les « tuyaux ». Si vous mettez le tout à plat, vous ouvrez en grand la porte aux giclées d’acide. De même, perdre du poids et porter des vêtements dans lesquels on est à l’aise relève de la même logique. Tout ce qui compresse l’estomac ressemble à une pression sur un tube de mayonnaise : si le tube est ouvert, la sauce n’a d’autre choix que d’en sortir. Eh bien les vêtements serrés (tout comme les kilos en trop) « pressent » l’estomac, dont l’acidité n’a d’autre possibilité que d’en sortir. Certaines brûlures d’estomac disparaissent miraculeusement rien qu’en desserrant sa ceinture !

ON M’A DIT QUE LE VINAIGRE POUVAIT SOULAGER, EST-CE VRAI ?

Oui. Ça peut paraître bizarre de combattre de l’acide gastrique avec un autre acide. Pourtant, le premier est agressif, et pas le second. Ce conseil est donc valable mais à plusieurs conditions : le vinaigre doit impérativement être issu de cidre de pomme et de bonne qualité. Dans ce cas, et seulement dans ce cas, buvez lors de chaque repas un verre d’eau dans lequel vous ajoutez une cuillère à soupe de vinaigre. Faut-il préciser qu’il ne faut pas prendre cette boisson à jeun, donc pas avant les repas ?

LES GRAISSES ALIMENTAIRES PEUVENT-ELLES APAISER LES BRÛLURES ?

Ça dépend desquelles. Les repas trop gras, donc indigestes, sont à proscrire. Ils nécessitent de grandes quantités d’acide pour leur digestion, vous imaginez la suite. C’est particulièrement vrai s’il s’agit de graisses provenant des viandes, charcuteries, produits laitiers ou fromages. Cependant, il ne faut évidemment pas fuir toutes les graisses, et notamment pas celles qui contiennent des acides gras dits « insaturés ». Ainsi, les poissons gras et les huiles végétales de noix, d’olive, de colza sont, au contraire, anti-inflammatoires et augmentent même la résistance de la muqueuse de l’estomac.